9 mars 2012

presque rien

le rien est quelque chose d'autre

aussi loin que je regarde, on peut s'attendre à tout
quelle est cette poussière qui fond entre mes doigts
elle garde trace du vent des pas des pluies & puis
s'efface dans une boue grisâtre

sont-ils tous ainsi les souvenirs ?

j'en ai quelques de visages grimaçant
tellement ils riaient, viraient au rouge, s'étouffaient
retrouvaient l'air juste avant mourir
il s'en fallait de rien pour ne plus rire du tout

le rien ne ressemble à rien


9 janv. 2012

y aller

vers 4 heures ce matin


les yeux, les gestes sont lents, il n'y a au début aucune excitation
le corps a froid d'être trop brutalement poussé hors du lit

la valise avait été bouclée hier soir,
puis après, un dîner sur le pouce pour être couché de bonne heure


 nous arrivons à l'aéroport  peu après 5 heures
ce sont nos dernières minutes en famille pour les trois prochaines semaines

là-bas - je dis là-bas car le lieu est encore vague
elle va mener le travail & la quête d'un logement
tandis que nous - les garçons - continuerons qui d'aller à l'école, qui de boucler le déménagement


les au-revoir n'auront pas duré très longtemps
une subtile tristesse nous tiendra des jours & des jours

déjà, une part du chemin avait été faite ces derniers jours
chacun préoccupés de nos impératifs alors que nous étions encore ensembles


le regard en dit long, la main du photographe a tremblé aussi
l'enfant rêve de voyage


2 janv. 2012

Un pour tous ! Tous pour un !

"il est vrai que les paroles dont le présent avait été accompagné n'avaient pas de prix" 
 Alexandre DUMAS - Les Trois Mousquetaires, chapitre Ier



je n'ai pas les dates en tête
c'est plus de dix ans assurément
nos trois couples qui se sont rencontrés
en musique
nous étions six il y en avait d'autres aussi
mais qui ne sont plus aujourd'hui qu'en souvenirs

nous six seulement onze maintenant
il y a les Basques
il y a les Ligériens
il y a nous trois
il y en a du kilomètre des uns aux autres
mais peut-être n'ont-ils jamais été aussi proches
ces onze-là

cette année
la saveur était toute particulière
entre les cartons & les sacs poubelles
l'ordre & le désordre
il y a nous trois en plein déménagement
dans quelques trente jours nous aurons ajouté
mille sept cents kilomètres entre nous
& plus que jamais
je crois
Basques, Ligériens & Hambourgeois
seront réunis

30 déc. 2011

les Simples



 c'est comme la récolte
des dernières fois

sur la brique de Garonne
l'ombre d'ici

les simples lumières
ont leur odeur

c'est comme engranger
du souvenir

avant l'ajout d'autres vécus
il manque des visages


par chance
les amis sont toujours là

après
il n'y aura personne dans tout ce monde

c'est graver
le temps qui passe d'un filigrane invisible

encore quelques jours
encore quelques nuits
encore parler
rire
encore boire & manger
finir par s'embrasser
encore que rien ne finisse

c'est l'ivresse
d'aller sur un fil sans pouvoir deviner

après
la boite à souvenirs laisse un peu de place à l'avenir

par chance
la poussière levée pique à peine les yeux



28 déc. 2011

Flammes & Co


QUATRIEME TABLEAU :
LE REPAS DE NOCES

[choeur]

Y a deux fleurs sur la branche,une rouge, une blanche. Aï, louli !
Et voilà que la rouge à la blanche a parlé,
la blanche sur la branche était tout à côté.
Qui c'est qui vient ? Théodore ? Le frisé ?
Et le seigneur Fétis c'est la fleur sur la branche,
& Fétis c'est la rouge, Nastasie c'est la blanche.
L'anneau, Théodore a trouvé d'or & d'un gros rubis tout orné.
Qui c'est qui vient si gai ? C'est monsieur Palagai.
Qu'est-ce qui lui est arrivé ? A monsieur Palagai ?
A perdu l'anneau doré, l'anneau d'un gros rubis tout orné.
Il n'est plus gai, le pauvre Palagai.
La rouge sur la branche s'est penchée vers la blanche,
la blanche vers la rouge s'est penchée sur la branche. You,you.
L'oie est arrivée, par la porte est entrée. Oï !
A tant battu des ailes. Qu'ell' se les est cassées,
les murs faisait trembler, & nous a réveillé, oï laï !
Les Noces
Stravinsky - texte d'après Ramuz


le feu brûle depuis maintenant quatre jours & quatre nuits
il est si bon d'avoir devant la maison un feu qui ne cesse